Porteuse d'O

par igor deperraz  -  18 Avril 2021, 09:16

J'ai couru, couru et trébuché - Je voulais te voir te pencher sur les bords de l 'eau.
De ma malice, Sarah ,tu t'en amuses encore et me souris.
Tes pieds font racines au cœur de ce jeune hêtre devenu bien plus âgé aujourd'hui,
Du bout de la forêt des quatre chemins, tu t'ennuies aujourd'hui,.
De ce rêve d'un mois de Mai 42, tu n'es plus jamais repartie.
Prisonnier de guerre français mais algérien Taha, s'est endormi au Frontstalags 204 sans te donner l'eau de l'oubli.
Il faut dire que tu as eu peu de temps pour graver l'odeur chaude d'une terre que tu n'as jamais revue . Soir et matin, tu as creusé l'humus de la forêt pour y cacher des munitions que l'aviation anglaise ne pouvait détruire. Les surveillants allemands et français ne t'ont jamais quitté des yeux,
Jeune fille kabyle aux yeux bleus, à la peau mat tu es née sous les bombes alliées .
J'ai 10 ans et 10 kilomètres, on me cherche, on crie, je reste assis,
j'attends, blotti au bord de la mare .que ta jarre se remplisse. Tes yeux me regardent, me cherchent, pendant que tu désespères ton corsage. .
J'ai toujours dix ans, 10 kilomètres et tu es toujours là, tes yeux bleus, ta peau, tes lèvres ont le parfum des matins glacés
J'ai 10 ans, 10 kilomètres et tu as grandis Sarah.
Taha a 20 ans lorsque ses doigts t’effleurent sur l'écorce. Il a 20 ans et 10 kilomètres des plages du premier débarquement canadien.
Ton pied s'est posé sur une mine mais ta main n'a pas lâché le petit couteau avec lequel, jour après jour, tu lui avais donné vie ,
J'ai toujours 10 ans. Renoue ton corsage. Les tronçonneuses vrombissent à quelques pas,
Quelle indifférence pour une Joconde kabyle gravée au pied d'un champ de Hêtres.
Division d'infanterie d'Afrique, « indigènes « l'art brut n'aurait t il pas cité en ces musées. Sarah ,porteuse d'eau , Œuvre majeure du 20 siècle que les coupes menacent .Taha en dit le nom .La France en tait le nom,,
Igor
Porteuse d'O

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