La gauche décomplexée

par igor deperraz  -  24 Juin 2013, 11:21

Une théorie de la gauche décomplexée

 

Le front national s’impose insidieusement dans le paysage politique français en profitant des hésitations idéologiques de la Droite et de la Gauche républicaine. Face à cette menace de radicalisation de la société française, les concepts de droite décomplexée et de gauche décomplexée font régulièrement surface dans le débat politique. Peut-on enlever du complexe à l’action et à la réflexion politique pour faire face aux mutations et perturbations des anciennes puissances coloniales ? Le complexe se définit comme ce qui est composé d’éléments hétérogènes, de faits et d’éléments imbriqués. Il serait donc réduit par cette nouvelle gauche et droite à l’homogénéité et au point de vue unique… Dans son blog, Jean Luc Mélenchon s’en revendique sans complexe: » c’est que l’explosion de l’UMP donne à cette prochaine élection une dimension de recomposition politique qui implique tout l’espace politique et donc également la gauche. Mais tout cela a un préalable absolu : l’union du Front de Gauche. Sans cela, il n’y a plus aucun point d’appui. Rien. L’isolement et le témoignage impuissant ». Un front commun pour contrer le Capital ?

Ce refrain usé de la dictature du prolétariat comme avant-garde de l’avenir radieux du socialisme n’a pas su gagner à sa cause l’électorat de gauche comme la récente percée du front national dans la circonscription de Jérôme Cahuzac en témoigne. La gauche décomplexée serait-elle aspirée par le tout sécuritaire et le principe de réalité incarné par Manuel Valls ? Une gauche qui dit tout. Les yeux dans les yeux. Une gauche qui courbe l’échine et se plie au soubresaut du monde ? Un enseignement de la théorie du pli chez Leibnitz reprend du sens dans la France de 2013. Deleuze  parlait de baroque « “Dernier caractère du point de vue, le point de vue est affecté d’un pluralisme fondamental, qui dit point de vue dit pluralité de points de vue. Le point de vue est inséparable d’un pluralisme, soit, mais en quel sens? Remarquez que là, nous allons avoir une petite difficulté: que le point de vue soit essentiellement multiple, que toute philosophie du point de vue soit pluraliste, nous savons en tous cas ce que ça ne veut pas dire, ça ne veut sûrement pas dire ‘à chacun sa vérité’, ce n’est pas ça, ce n’est pas ça qui fonde le pluralisme du point de vue. Encore une fois, au contraire, on a vu que c’est la puissance d’ordonner et de sérier, de sérier une multitude de formes. Le point de vue s’ouvre sur une série infinie.”

 Face à une gauche baroque se perdant dans les plis des acquis sociaux et des courants, la gauche décomplexée trouverait des réponses audibles et compréhensibles. Une gauche et une droite envahissant le champ lexical des extrêmes, refusant les errements et tâtonnements. Un langage à l’architecture cubiste avec des angles droits et du  béton comme figure électoral. Un discours politique de l’amalgame glissant progressivement vers le totalitarisme. Une société de surveillance électronique et cybernétique, pour aller à l’essentiel, refusant de prendre en comptes les plis de l’individualité pour la fondre dans l’universalité du bonheur universel.

 Gilles Deleuze évoquait dans ses cours le concept d’inflexion “L’inflexion- c’est à dire courbure variable, de l’inflexion au point de vue. Sans doute le concept d’inflexion avait déjà une très grande originalité caractéristique de la philosophie de Leibniz, accordez-lui également que l’introduction du point de vue comme concept philosophique devait avoir, pour la philosophie une extrême importance. De l’inflexion au point de vue, pourquoi? Parce que la courbure variable renvoie à des centres ». La gauche décomplexée ne revendiquerait plus une pluralité de regards, mais un point de vue unique parcourant une ligne géométrique stable dans un environnement aux variables connues.

Ce chemin vers un monde sans équivoque rappelle les grands mouvements de pensée post- totalitaires des années 30 et ignore délibérément les concepts de libertés universelles élaborées depuis la libération dans l’Union européenne.            Igor Deperraz

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