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Publié par igor deperraz

~~Il faut sauver le courrier des lecteurs du « Monde »

Il y a toujours un étudiant dans une école de journalisme pour faire son mémoire de fin d’études sur la question existentielle du lecteur. Un exercice souvent semé d’embûche tant cet être imaginaire est volatil et fragile .Qui est donc ce lectorat qui pose tous les matins ses petites pièces sur le comptoir d’un kiosque ou d’une maison de la presse ? Clochard livresque ou politicien , poète ou prostitué ,étudiant ou charcutier , tout un chacun peut lire tout ou partie d’un grand quotidien sans pour autant affiché ses diplômes.

Il ne pourra heureusement jamais y avoir d’étude sur ce sujet tant l’acte de lire un journal relève de l’intime. Étranger sans papiers occupant son temps, citoyen du Monde ouvrant les pages, ils ont tous en commun de partager la grande aventure de la connaissance.

Le journaliste écrit à l’aveugle et le lecteur lit en sourd. De cette barrière infranchissable surgit le courrier maladroit rédigé sur la table de cuisine ou le papier de toute une vie écrit avec précision millimétrique. Mécontent ou désireux d’apporter son accent circonflexe sur le titre du jour .le courrier des lecteurs affiche sa vérité à la rédaction.

Il peut être de droite ou de gauche, chrétien ou franc maçon, il n’existe que dans cet éphémère moment d’écriture. Ces quelques lignes sans ligne éditoriale représentent un coût pour l’entreprise et l’on ne sait pas si ces écrits sont lus pour ce qu’elles disent ou pour ce qu’elles ne disent pas. Elles sont pourtant le signe du profond respect de la rédaction envers son public .Le courrier des lecteurs est un signe de bonne santé .S’en affranchir est le signe prémonitoire de la reddition papier.

Le web, de par ses commentaires directs a déjà organisé son espace courrier .La presse papier, pas plus que le disque vinyle, le bistrot de quartier n’est condamné. Elle est certainement menacée par l’arrivée des nouvelles technologies, mais son avenir est encore à inventer. Sauver le courrier des lecteurs et lui redonner toute sa place dans le chemin de fer papier, c’est continuer l’aventure millénaire de la pensée couchée sur parchemins.

« Les journalistes tenaient déjà leur stylo en main ils avaient tous le même air indifférent et un peu narquois. Pourtant, l’un d’entre eux, beaucoup plus jeune, habillé en, flanelle grise avec une cravate bleue, avait laissé son stylo devant lui et me regardait. Dans son visage un peu asymétrique, je ne voyais que ses deux yeux, très clairs, qui m’examinaient attentivement, sans rien exprimer qui fut définissable .Et j’ai eu l’impression bizarre d’être regardé par moi même.Albert Camus regarde Camus.. Igor Deperraz Source Camus une vie Todd page 188 Gallimard

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