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Publié par igor deperraz

Les papis fumeurs

Les festivals s’enchainent au rythme des vacanciers, donnant à chacun son plein de théâtre, de musique française ou de poésie. Réservée  plusieurs années à l’avance, la programmation se doit de présenter une vedette internationale pour aspirer une clientèle de plus en plus sollicitée et appauvrie par le prix exponentiel de ces saltimbanques modernes. Cette année Neil Young puis Crosby, Still and Nash passaient sur le territoire musical français.

Un souffle de nostalgie profitant aussi au renouveau de la country voyait se mélanger les anciens auditeurs de Radio Caroline et les mangeurs de pilon de poulet. Les deux publics n’avaient certainement pas vocation à se rencontrer mais la bonne guitare folk est capable de tout. Après de longues heures d’attente Gille et Mao ont pu vivre leur rêve : voir de leurs propres yeux Crosby ! Ils exultent dans cette atmosphère bon enfant. La scène musicale n’est peut être plus aussi dépouillée que le plateau de Woodstock, mais les jeunes sont là autours d’eux. Les deux compères n’hésitent pas un seul instant en entendant les premiers accords à sortir le bon vieux papier à rouler les pétards et à bourrer le joint d’herbe. Les rhumatismes et les douleurs de l’hiver s’éloignent lorsqu’à coté d’eux les cris d’indignation montent.

« Eh ! Grand père t’as pas vu qu’on fume plus dans les concerts lui crie une jeune prof trentenaire »_ »Eh les vieux retournez vous, vous voyez quelqu’un qui fume » renchérit un homme d’âge mur »Mao et Gille se défendent avec des arguments qu’ils pensent être de bonne foi « ce n’est pas du tabac, c’est de la bonne herbe sans pesticide », « on est en plein air ! » Mais rien ne semble calmer les voisines des deux papis. Ils n’en reviennent pas et lâchent pour clore ce dialogue de sourd. « Un concert de Crosby sans herbe c’est comme un fromage sans vin !

 L’odeur d’herbe s’estompe pour laisser place aux odeurs puissantes de courant électrique et de fumigène en vrac. En remontant dans leur J5 Peugeot, les deux fumeurs d’eucalyptus n’avaient certainement pas fini de se remémorer le bon vieux temps des airs de banjo dans l’album Harvest en piqures de la nostalgie.

Igor Deperraz

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