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Publié par igor deperraz

N’Y A PAS DE Titre !

L’école de mon enfance avait encore des encriers au bout des tables, on y apprenait à ne pas gratter la plume sergent major trop fort pour ne pas faire de pâté. Les porte-mines grinçaient sur les ardoises et la règle en bois de palissandre du Maître faisait office de juge de paix. Les années 68 venaient de faire voler en éclat les bonnes mœurs. Les instituteurs découvraient la mixité pendant que l’on rangeait dans les armoires nos blouses de Tergal.

 Des après-midi furent occupés par des ateliers où chacun pouvait s’inscrire selon ses goûts. C’était tout nouveau et l’ambiance était bon enfant même si parfois je restais à pleurer dans mon coin dans cette école De Broglie  au nom imprononçable. Perdu dans les couloirs, je cherchais désespérément mon institutrice, Madame Cadot, une grande blonde qui venait à l’école avec une 204 cabriolet .Un instituteur passant par là finissait toujours par m’emmener sur le terrain de foot pour taper dans un ballon. On écoutait et découvrait la radio scolaire avec son florilège d’émissions. Nos carnets de notes se réduisaient à peau de chagrin. Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait autre chose le soir que d’apprendre une poésie de Jacques Prévert ou de Paul Fort.

 Les fermetures de mon cartable ne sont pas usées, elles ne s’ouvraient le soir que pour y sortir une petite boîte en fer garnit de bons points et d’images. Les récréations fluctuaient avec les saisons, une façon naturelle de nous caler sur la chronobiologie. Le Directeur, Monsieur Leroy punissait les polissons en les attrapant par la joue et à l’occasion en leur bottant les fesses. Et pourtant, on l’aimait notre père Fouettard ! Une fois par semaine, on regardait dans le gymnase un film muet en super 8 dans un silence presque religieux.

Le programme se résumait en trois mots : Lire, écrire, compter. La pédagogie en une phrase : Remue-toi si tu veux y arriver.  Aujourd’hui, on parlerait de slow-éducation. Puis ,quelques pédagogues en mal de reconnaissance ont pollué de leur science de l’éducation les cours d’école , quelques universitaires en mal de reconnaissance ont écrit de brillants programmes que personne n’arrive plus à lire..On voudrait faire tout très vite, se goinfrer de savoir en oubliant qu’à part quelques petites notions d’orthographe et de calcul, un Maître, c’est avant tout celui qui vous donne l’envie de venir à l’école.

 Dans cette bouillie indigeste que l’on sert à chaque réforme, que reste-t-il vraiment à la fin du CM 2 sinon le nom de votre instituteur ou institutrice. Le mien s’appelait Monsieur Grive, il avançait tranquillement pour arriver à l’école, et repartait à pied à 16 h 30 chez lui. Je m’en souviens comme si c’était hier, c’est lui qui m’a fait découvrir la musique de Stravinsky. Que restera-t-il demain comme souvenir aux élèves qui auront vu leurs Maîtres bafouiller en Anglais et réciter des programmes de Terminal. Que reste-t-il du vent de liberté des années 70 ? De cette cloche qui ne sonnait qu’au coup de sifflet du  directeur ? Quel monde de demain préparons-nous si d’ores et déjà, l’enfance prend le chemin de la course à la rentabilité scolaire. Triste topique …

Igor Deperraz

 

Topique : médicament qui agit sur un point déterminé du corps, cataplasme

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