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Publié par igor deperraz

Joué des tours à l’information

L’interpellation de Joué-les –tours dans le quartier de la Ravière a été filmé par un habitant d’un immeuble surplombant la scène à la manière d’un « lanceur d’alerte à charge ». On peut être choqué sur la méthode ou tout simplement penser que hors contexte et devant la difficulté d’exercice du métier de policier, on ne peut exiger des fonctionnaires de police une attitude zen et courtoise. Les forces de police doivent aujourd’hui savoir qu’elles exercent sous la surveillance vidéo de la population.

  C’est le retour du bâton d’une politique de la vidéo surveillance qui avait pour première fonction la lutte contre la délinquance. Il y a selon les informations fourni par la CNIL, 897 750 caméras autorisées dont 70 003 sur la voie publique et 827 749 sur des lieux ouverts au public. À cela s’ajoute la multitude de caméras posées sans autorisation. Devant cette accoutumance et cette addiction collective à la vidéo surveillance, le citoyen s’est lancé avec les Smartphones dans cette course à la surveillance. La moindre voiture de police qui pénètre dans un quartier sensible est filmée avec ses occupants pour identifier et répertorier les forces de l’ordre. Des systèmes très simples de caméra sont fixés sur des balcons ou sur des toits pour surveiller la cité, non des délinquants, mais des intrusions des « sous marins » ou des planques policières.  La vidéo surveillance est devenue l’outil simple et efficace de surveillance du territoire mafieux. Elles peuvent même surveiller les déplacements des voitures sur les parkings du commissariat. Dans l’interpellation de Joué-Lès-Tours, la vidéo a été mise sur le web parce qu’elle était à charge des policiers, mais aurait- elle été mise sur le web si elle était à charge des interpellés ?

 C’est toute la différence entre un travail de journaliste et un amateur prenant en vidéo une scène d’interpellation. Hors contexte ,il est facile de déplorer le passage à l’acte d’un policier si l’on veut oublier qu’il risque à chaque instant d’être piqué par la seringue d’un toxico ou mordu par une personne en état d’ébriété. La multiplication des caméras de surveillance et des Smartphones a spolié le journaliste d’investigation au profit du quidam. C’est une évolution plutôt inquiétante de la transposition de la petite phrase hors contexte qui se généralise sur les médias en ligne. Qu’est ce que peut apporter une vidéo amateur dans le débat public soulevant les rapports tendus entre la police et les habitants des quartiers ? On serait en droit de demander la vidéo embarquée des policiers pour confronter les points de vue et se faire une opinion objective ?

Igor Deperraz

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