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Publié par igor deperraz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisboa, le  gris- FMI vous va si mal…

 

 

En ce début de printemps, Le Fond Monétaire International se porte  au chevet du Portugal. Ses fonctionnaires traversent la place du commerce pour rejoindre le ministère de l’économie dans l’indifférence générale. Lisbonne est une cité tranquille.

L’argent des fonds européens  a coulé à flot durant ces 20 dernières années pour moderniser les infrastructures du pays. Aujourd’hui de belles  autoroutes sillonnent le pays.  Les anciens ports sardiniers aux barques peintes de jaunes et bleus  ont laissé place à de colossales  installations portuaires .Les barres HLM fleurissent et remplissent l’espace sauvage entre Sintra et lisboa. Des éoliennes blanches ont supplanté les traditionnels moulins à voile qui donnait à la campagne lusophone son cachet unique et séculaire. Dans la capitale, plus non plus  de réfugiés angolais défigurés par la lèpre ou mutilés faisant la manche sur la place du Rossio pour effrayer les riches européennes  en goguette  .Lisbonne est silencieuse, pour une raison simple, ses habitants ont été chassés par la hausse des loyers ou par l’insalubrité des   immeubles couverts d’azulejos mais aussi de pigeonniers improvisés. C’est dans une   ville propre, livrée aux seuls touristes que nos hauts fonctionnaires de la finance internationale déambulent pour ramener un peu de sérénité budgétaire  dans un monde presque parfait. Curieux pays qui ne met pas de portillons à l’entrée de son métro et demande tout simplement aux fraudeurs de descendre au prochain arrêt pour acheter un billet .Etrange ville qui voit sa police manger dans des petits restaurants servant le « arroz de maresco »  au contact de la population sans attirer des regards d’hostilité. Le FMI, La Banque européenne veulent et obtiennent  des réformes pour modeler le pays à leurs images .Un Portugal ouvert à la concurrence et libéré de services de proximité coûteux. Avec un salaire de 500 euros Carmo tient avec son mari une petite librairie associative  non loin de l’ancienne prison politique .Elle désespère du Lisbonne qui résonnait au bruits des trams et des marchands de journaux .Bruxelles et le Fmi ne vont- il pas finir par chasser définitivement la vie, ce chant du monde qui amplifie le souffle de la rue. Le grand retour, par la petite porte de la perfide Albion, propriétaire de longues dates des crus de Porto sonne- t-  il  le glas de la multiculture portugaise. Ce morceau de  Brésil européen qui a  su intégrer ses anciennes colonies Africaines au sein de la cité est prié d’aller remplir les formulaires HLM pour laisser place nette et maisons disponibles. Bruno tient une Pensao dans l’escalier du Duque  depuis plus de 20 ans. Il  a vu sa ville d’adoption perdre sa population d’origine et fermer  les petits estaminets qui rythmaient la vie de quartier  .Breton assidu, il chasse avec grand bruit  le touriste anglais s’exprimant dans la langue de Shakespeare. Kenavo ! .Le dernier bar de Fado qu’il affectionne particulièrement  est contrait de  fermer ses portes à partir du mois de Juin pour ne pas subir  la  cohortes de touristes débarqués à la va- vite d’un bus climatisé. Le fado, ce chant parlé populaire  qui rivalisait avec Coimbra ; la ville intellectuelle et universitaire du Nord a vu s’exiler  ses chanteurs en banlieue. Emportant avec lui l’âme de la ville et son  goût prononcé pour le café, mélange subtil d’arabica, d’Amérique du sud et de Robusta d’Afrique .C’est un pays moderne et couvert de béton armé que foulent, par ce petit matin ensoleillé les costumes gris du FMI pour un avenir à la couleur de leur costume .Gris- FMI .

 

Igor Deperraz

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