Céline commence par un C

par igor deperraz  -  29 Novembre 2013, 19:44

Voyage au bout de la nuit…

On se fâche souvent pour savoir si le romancier Céline doit être lu pour ce qu’il est ou pour ce qu’il a écrit. Entrer dans son œuvre n’est pas chose anodine et l’on en ressort à chaque fois toujours différente. La première fois que j’ai lu  «  Voyage au bout de la nuit », je devais être en première au lycée … Depuis, régulièrement, je le relis  dans la sublime édition illustrée par Tardi.

 Il y a chez Céline  ce goût unique de la transgression et de la ponctuation. Du point virgule à la suspension du temps, l’écriture se dé- fluidifie au son des intonations. Il savait intuitivement  qu’il écrivait  une sorte de poésie de la modernité avant même de commencer le premier mot.  Lorsqu’il déposa son manuscrit chez Gallimard, une nouvelle aire littéraire pouvait commencer.  Cette inspiration divine qui  depuis sa rencontre avec l’absurde bestialité de la Première Guerre mondiale le hantait devait rencontrer le diable sans que l’on sache vraiment pourquoi sa bipolarité allait emporter sa réputation d’écrivain … Sa collaboration avec l’Allemagne nazie, impardonnable était devenue inévitable tant le médecin avait franchi les frontières de l’humain plus qu’humain .Plus rien ne pouvait désormais  freiner sa chute dans le gouffre de la dénonciation.

Voyage au bout de la nuit n’est pas transgressif, il impose de laisser  à tout jamais ces représentations dans la manière d’aborder l’écrit. « Et toi qu’est ce que tu fais ? Qu’il a demandé alors. T’es donc toujours cinglé ? T’en as pas encore assez des trucs et des machins ? T’en veux donc encore des voyages ? »(.)en somme, tant qu’on est  à la guerre, on dit que ce sera mieux dans la paix et puis on bouffe cet espoir là comme si c’était du bonbon et puis c’est rien quand même que de la merde .On n’ose pas le dire d’abord pour dégoûter personne .On est gentil somme toute. Et puis un beau jour on finit quand même par casser le morceau devant tout le monde .On en a marre de se retourner dans la mouscaille.  Mais tout le monde trouve du coup qu’on est bien mal élevé .Et c’est tout. » .

Bien entendu, personne n’avait jamais entendu quelque chose de pareil…Ce sera donc avec le  plaisir des mots, cette élévation  de l’esprit qui vous sort de l’écurie, que  nous irons écouter Fabrice Lucchini se donner corps et voix.   l’écrivain français le plus méprisé et le moins étudié de la littérature française vaut bien ce petit arrangement avec la Morale .

Igor Deperraz

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